“Allô Madeleine ? J’ai raté l’avion…”

Quand j’étais petite, mon film préféré, c’était Maman j’ai raté l’avion. Je l’ai vu des dizaines de fois. Quand ma nourrice me proposait Canal J, Cartoon Network et autres chaînes de dessins animés à regarder, je lui apportais systématiquement ma K7 de Maman j’ai raté l’avion, que je trimbalais partout avec moi. Et puis j’ai grandi, j’ai découvert Maman je m’occupe des méchants et Tom et Jerry

En grandissant, j’ai développé une nouvelle obsession : l’heure et surtout le fait d’être à l’heure. Il était impensable pour moi de ne pas partir à 8h07 précisément, parce que sinon, j’allais rater mon bus. Si l’horloge indiquait 8h08 je refusais de quitter la maison car j’étais sûre d’être en retard et ça rendait tellement fous mes parents qu’ils ont fini par n’avoir que des horloges qui retardaient d’au moins 30 minutes, ce qui m’a fait prendre l’habitude d’arriver très en avance partout où j’allais. Puis avec le temps, cette obsession a pris des proportions un peu plus normales, et je me contente désormais d’être à l’heure aux rendez-vous officiels, et cinq minutes en retard aux autres !


Mais s’il y a bien une chose pour laquelle j’ai toujours cette phobie du retard, c’est l’avion et le train, et si j’avais dû faire un seul pari dans ma vie, j’aurais sûrement dit que jamais je ne louperais un vol ! Sauf qu’un jour, j’ai pris mon téléphone, et j’ai dit : « Allô Madeleine ? J’ai raté l’avion. »

On est fin juillet 2017, j’ai un vol AirFrance vers 10h pour Saint-Pétersbourg. J’y rejoins Madeleine, qui y est déjà depuis un mois, et qui me manque évidemment énormément. Comme à mon habitude, je prévois large et je me réveille à 4h, à 5h je suis dans le taxi et à 5h30 je suis à l’aéroport avec mon sac et mon père qui avait gentiment accepté de m’accompagner malgré l’heure.

J’enregistre mon bagage. Je retire encore quelques euros, puis on trouve deux sièges pour discuter tranquillement puisque « je suis large ». Le temps passe, drôlement vite apparemment, et mon état de fatigue avancé fait que je ne m’en rends pas compte immédiatement. Vers 8h45, je me rends compte de l’heure et je commence à me dire qu’il faudrait que je songe à passer les sécurités. A ce moment-là, je pense que mon vol part à 9h45.

Je me dirige donc vers les portiques, mais je tombe sur un groupe dont les passeports semblent poser problème. Je ne panique même pas puisque je suis sûre d’avoir le temps. Bref. J’arrive à ma porte d’embarquement, il est 9h22 ; il n’y a personne.

Je panique un peu (c’est pas trop tôt). Je trouve un membre du personnel à qui je demande si ma porte d’embarquement a changé et elle me dit que non, regarde mon numéro de vol et m’informe qu’ils sont partis à l’instant, à 9h20. À ce moment-là, je vous laisse imaginer ma tête. Je suis au fond du trou. On est en plein mois de juillet, ça fait un mois que je n’ai pas vu Madeleine, je suis fatiguée et je me vois déjà payer 300€ pour partir quand même et ne jamais récupérer ma valise qui doit maintenant être perdue quelque part sur un des tapis de Charles de Gaulle.


J’essaie de me ressaisir tant bien que mal, me dirige vers le guichet AirFrance et y explique mon problème : « Je suis trop stupide pour lire une carte d’embarquement correctement, mais j’aimerais quand même bien aller à Saint-Pétersbourg. Je sais qu’il y a un vol ce soir, c’est possible de me mettre dessus, même pour 8000€, s’il vous plait ? »

Ma potentielle sauveuse regarde sur son écran, moi j’appelle Madeleine pour lui dire que j’ai raté l’avion, que je suis nulle mais que je cherche une solution. Je raccroche lorsque la dame de chez AirFrance lève le nez de son écran pour me dire que le vol de ce soir est complet mais que je peux partir demain matin pour 300€. Je suis dépitée. Prête à débourser 300€, mais triste de perdre une journée de voyage et d’attendre encore 24h avant de retrouver celle qui me manque. Mais, voyant ma déception, elle rajoute qu’elle peut tenter d’appeler son supérieur pour qu’il débloque un siège même s’il y a peu de chances. Évidemment, je lui dis que je veux bien qu’elle essaie si ça ne la dérange pas trop. Je l’entends donc au téléphone :

« Ecoute Charles, j’ai une dame qui a raté l’avion mais… elle est un peu… simple d’esprit, et elle a fait une crise de panique avant d’embarquer. Elle avait appelé l’assistance AirFrance mais personne n’est venu la récupérer… »

A ce moment-là, je fais à peu près cette tête :

Elle continue :

« Donc est-ce que tu crois qu’on peut débloquer un siège sur le vol de ce soir ? Sinon elle doit payer 300€ pour partir sur le vol de demain… Et ça m’embête puisque c’est un peu notre faute… »

Quelques secondes passent, puis elle raccroche en finissant par un simple « D’accord ! Merci. » que j’interprète comme un « C’est mort ». Sauf que ma sauveuse est pleine de surprises et me dit que c’est bon, je pars bien ce soir sans surcoût, mais qu’elle a dû me faire passer pour « quelqu’un d’un peu idiot » pour ça, et qu’il faudra donc que j’ai l’air un peu simplette au moment d’embarquer !

Je suis complètement abasourdie par la nouvelle. Je crois que dans le choc et après toutes ces montagnes russes émotionnelles, j’ai juste répondu « Merci mille fois ! » avant de rappeler Madeleine pour lui dire que j’arrivais ce soir et que j’étais désolée. Une fois mes esprits repris, j’ai acheté une énorme boîte de macarons Ladurée qui m’a coûté presque autant qu’un nouveau billet, histoire de remercier ma sauveuse de chez AirFrance, et je suis allée attendre sagement à ma porte d’embarquement pendant huit heures, porte où, à l’heure d’embarquer, on a appelé mon nom en m’attendant avec un fauteuil roulant. J’étais complètement crevée d’avoir passé 9h dans cet aéroport en ayant dormi 3h, donc j’ai juste décliné avec un air éberlué, j’ai embarqué et dormi tout le trajet !

Tout est bien qui finit bien mais pour me punir de ce retard, j’ai quand même mis trois jours à récupérer ma valise à Saint-Pétersbourg ! Je vous laisse quand même quelques conseils en dessous pour que vous évitiez de reproduire mes bêtises :

A bientôt, peut-être pour une nouvelle chronique de mes gaffes,


Louise

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Twitter
Pinterest
Instagram